SUPERMALPRODELICA et BLASON – “Mer Changeanteā€ 2xCD

16 

In stock

“Mer changeante” could be “White Bread Black Beer” remade by supermalprodelica on CD1, itself reinterpreted by Blason on CD2, in a way. Sleeve by Kerozen.

You will also receive a bandcamp DL code with your purchase.

Tracks

SUPERMALPRODELICA et BLASON – “Mer Changeanteā€

A qui appartient un disque, une fois qu’il est sorti et qu’il vit sa vie, hors des pensĆ©es de celles et ceux qui l’ont composĆ© ? N’appartiendrait-il pas aussi Ć  celles et ceux qui l’écoutent et y trouvent des rĆ©alitĆ©s, des joies, des dĆ©sirs insoupƧonnĆ©s au moment de sa crĆ©ation ? Depuis que je le connais, Michel Wisniewski explore, lorsqu’il endosse le pseudonyme Supermalprodelica, les effets que la musique des autres, qu’il Ć©coute avec une oreille sensible, produit sur lui. Et il a cette habiletĆ© inĆ©galĆ©e qui consiste Ć  piocher dans ce qu’il a entendu une substance pour inventer autre chose, un dialogue entre ses oreilles et les matiĆØres des disques. Son premier album Ć©tait constituĆ© de samples reconfigurĆ©s et plusieurs de ses disques sont composĆ©s de reprises, relectures, reconstructions, de morceaux qui semblent le hanter, d’une faƧon ou d’une autre. Et ici, sur ce nouvel album, il s’attaque Ć  l’un de ses hĆ©ros, Scritti Politti, dont il reprend l’intĆ©gralitĆ© d’un disque, mais Ć  sa faƧon Ć  lui : Michel ne sample plus, il rejoue, avec ce qui est bien Ć  lui, un synthĆ©tiseur dĆ©nommĆ© Persephone, et une envie de repeindre la piĆØce avec des tonalitĆ©s Ć  la fois joyeuses et mĆ©lancoliques, naturelles et artificielles. La beautĆ© de ce disque rĆ©side dans ses impossibilitĆ©s : reprendre une œuvre qui se situe Ć  la lisiĆØre des genres, entre post-punk et pop, chanson et variĆ©tĆ©, est dĆ©jĆ  une gageure en soi. Mais s’attaquer Ć  une œuvre tardive d’un artiste que l’on aime, c’est plus qu’un dĆ©fi, c’est un labyrinthe, presque une impasse. Et Michel, faisant semblant de s’égarer dans les mĆ©andres, construit son propre chemin, abandonnant la voix, pour se concentrer sur l’instrumentation. Il joue comme dans un rĆŖve, comme si les morceaux originaux lui appartenaient. Ils semblent le hanter tant et tant qu’il les rejoue lĆ  comme s’il les Ć©coutait depuis un songe. Est-ce un geste de fan ? Je crois plutĆ“t qu’il s’agit lĆ  d’une tentative d’auteur, d’un travelling dans ce qu’il a entendu et qui produit une image musicale dont les harmonies produisent autre chose. Et puis, ce qui est beau, ce sont les possibles : Ć©coutez le disque Ć  bas volume et il sera un parfait compagnon ambient. Ɖcoutez-le fort et vous trouverez un partenaire de joie non feinte.Ā 

A qui appartient alors un disque ? SĆ»rement pas Ć  Michel, qui le sait si bien qu’il a transmis ce qu’il a fait Ć  un duo, Blason, qui a Ć  son tour repris les reprises pour enregistrer un album jumeau (Ƨa leur va bien, tiens…) de celui de Supermalprodelica. Un album encore plus en apesanteur et comme ivre de la distance de plus en plus grande avec l’original. Où sommes-nous exactement ? Dans un univers qui s’est dĆ©solidarisĆ© des racines pour s’inventer tout Ć  fait autre. Les deux Blason ont repris les arrangements de Supermalprodelica et les ont rejouĆ© sur leur ARP, leur donnant une autre patine et une autre vĆ©locitĆ©. Quelque chose de plus lent se laisse entendre ici, une Ć©lectronique encore plus abĆ®mĆ©e, trĆØs doucement Ć©corchĆ©e, qui rĆ©sonne avec les fantĆ“mes qui se sont constituĆ©s autour des reprises de Supermalprodelica. Les uns jouent avec les ectoplasmes des autres et je dois avouer que ce jeu tournoie dans mes esprits Ć  la faƧon d’une mĆ©lopĆ©e Ć©trangement mĆ©lancolique, et trĆØs fertile aussi. Un disque, Ƨa n’appartient Ć  personne, surtout pas Ć  celles ou ceux qui le composent. Un disque, c’est ce que vous en faites, en l’écoutant, et ensuite. Ā 

  • Joseph Ghosn

Supermalprodelica et Blason “Mer changeante”, Sleeve by Kerozen

SUPERMALPRODELICA et BLASON – “Mer Changeanteā€

You may also like…